En Equateur, le peuple est dans la rue

En Equateur, le président Lenin Moreno a décrété l'Etat d'urgence et déclaré qu'il avait donné l'ordre à l'armée d'en finir avec les grèves.
Lenin Moreno dès son accession au pouvoir a rompu avec la politique sociale de son prédécesseur Rafael Correa.

Pour rappel, lors de son élection en 2007, Rafael Correa avait proposé une nouvelle constitution - renforçant la politique sociale et le droit des indigènes. Elle avait été adoptée par 64% de la population. Il avait été réélu en 2009 et 2013, chaque fois au premier tour. Mais en 2017, ne pouvant plus se présenter, c'est Lenin Moreno, le vice-président de l'époque qui s'était présenté aux élections et avait été élu.

Une fois facilement élu, ayant de par sa position dans le gouvernement sortant le soutien de la population, il a complètement trahi les attentes du peuple, retournant vers une politique néolibérale appuyée par les Etats-Unis. Il a notamment accepté le retour d'une base militaire US sur le territoire, accepté un prêt du FMI et stoppé toute avancée sociale et égalitaire.

Il a aussi renié l'asile politique que l'Equateur avait accordé à Julian Assange en août 2016, livrant ainsi le journaliste à la police britannique et ouvrant la voie à sa possible extradition vers les Etats-Unis.

Au mois d'août de cette année, une grève générale a éclaté. Le peuple équatorien s'est opposé à ce revirement politique et est descendu dans la rue pour lutter contre la corruption, les coupes budgétaires qui visent les secteurs de la santé, de l'enseignement et les attaques contre les droits sociaux. Par ces mesures, le chef de l'Etat cherche à réformer la fiscalité pour réduire le déficit budgétaire du pays en proie à un accroissement de son endettement. On estime la dette actuelle à 36% du PIB. Cette semaine à la suite de la décision de supprimer les subventions sur les carburants - ce qui entraînera inévitablement des hausses des biens d'usage courant- les luttes se sont développées en de nombreux points du pay

Le peuple équatorien qui pendant quelques années avaient vu des politiques plus sociales et rompant avec l'emprise des Etats-Unis se développer dans le pays était prêt à continuer cette nouvelle construction, aujourd'hui il n'a pas envie de retourner en arrière vers plus de pauvreté et d'inégalité. Malgré le recours à l'Etat d'urgence, il n'est pas prêt à baisser les bras.

Malgré ses difficultés, le peuple équatorien n'oublie pas non plus Julian Assange car il sait que le reniement de son asile est contraire aux conventions internationales et jette une ombre sur l'histoire de leur pays.

Même si les médias occidentaux parlent peu de ce "petit" pays, il est important de souligner non seulement que son peuple résiste au retour de la politique néolibérale mais aussi que la stratégie de retour de cette politique est une première dans les variantes multiples que peuvent revêtir un coup d'Etat. Se faire élire pour mener une politique nationale et internationale que l'on a acceptée et même promue pendant des années pour l'abandonner et la trahir une fois élu. C'est cette stratégie qui permet aujourd'hui à Moreno de se dire totalement autorisé à réprimer ceux qui visent à faire tomber son gouvernement "démocratiquement élu"!

Soutien à ce peuple qui se retrouve face à une terrible répression qu'il n'avait plus connue depuis 13 ans.

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