Louis Van Geyt nous a quittés

Plus on gravit les échelons du grand âge et plus il faut s’y résigner : les uns après les autres, nos amis nous rappellent que la mort est une triste banalité ; c’est ce qui s’est passé avant qui n’est pas banal, surtout pour certains d’entre eux… En faisant cette réflexion, je pense évidemment d’abord à Louis Van Geyt, décédé récemment, mais aussi à son prédécesseur, Marc Drumaux, et cela pour la simple raison que les mots qui me viennent à l’esprit lorsque j’évoque la forte personnalité de Louis ne diffèrent que très peu de ceux que j’alignai à propos de Marc dans un autre Drapeau Rouge daté de novembre 1972. Et pourtant, les deux hommes n’avaient pas grand-chose de commun en dehors de leur attachement au communisme et, précisons-le, au communisme sous ses formes les plus évoluées, lesquelles n’attendirent pas toujours l’eurocommunisme pour se manifester concrètement. Quant à leurs capacités politiques, elles s’exercèrent avec la même cohérence, mais dans des conditions qui, elles, n’eurent assez vite (presque) plus rien de commun.

Quand Louis Van Geyt accéda à la présidence du P.C.B., sur ma proposition, nul ne pouvait imaginer que le parti allait entrer prochainement dans une phase nouvelle de son histoire, en l’occurrence dans une phase que je qualifierai de terminale, et qu’il en irait ainsi, au demeurant, pour l’ensemble du mouvement communiste international tel qu’on l’avait connu au lendemain de la seconde guerre mondiale et, sous un autre angle, après le XXe congrès du P.C.U.S. dénonciateur du stalinisme. Pour évaluer correctement les qualités politiques de Louis Van Geyt, en ce qu’elles avaient de particulier, il convient de prendre en compte cette situation génératrice de difficultés énormes. En effet, il est historiquement exceptionnel que ce genre de situation n’aille point de pair avec une dégradation du prestige politique des personnalités qui y sont impliquées et donc tenues, parfois un peu vite, pour responsables des échecs des organisations ou des mouvements qu’elles représentent. Or, il en va tout autrement en ce qui concerne Louis Van Geyt. Si l’on n’a pas eu la possibilité de le vérifier à son contact, il suffit, pour s’en convaincre, de lire un livre dont la récente parution, peu avant la mort de l’homme, ne pouvait être plus opportune : La passion du trait d’union, de Jean Lemaître (livre incontournable qui fut d’ailleurs abondamment commenté dans un numéro précédent de ce journal). On trouve dans cet ouvrage une illustration convaincante de mon point de vue lorsque l’auteur fait état du succès d’une action pour la paix auquel contribua beaucoup le président d’un parti communiste pourtant en déclin, action qui, en 1983, rassembla 300.000 manifestants à Bruxelles contre la course aux armements, en particulier nucléaires. Contraste d’une rareté saisissante.

En tant que vice-président du parti et président de son aile wallonne et francophone, j’ai personnellement eu la chance d’avoir des contacts suivis avec Louis Van Geyt. Nous avons toujours été d’accord sur l’essentiel, mais pas toujours, il est vrai, sur des questions que l’on qualifie ensuite de secondaires avant de les oublier sagement. Il y a d’ailleurs dans un passage du livre de Jean Lemaître quelques mots de Louis qui m’ont fait plaisir : en tandem avec Claude Renard…

C’est bien ça. Merci Louis.

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Attentats dans un pays déchiré

Les attentats du 22 mars, ont avivé les divisions d’un pays unanime à les condamner. Heurté par les attaques internationales contre la Belgique pour son intervention armée au Congo en 1960, j’avais été surpris que, quelques mois plus tard, la grève du siècle remette en cause le consensus national. Je me disais (marxisme simpliste), que les ouvriers ne ressentaient pas la même chose que la petite-bourgeoise. Erreur.

Le malheur du pays déstabilise le gouvernement

Un pays frappé par le malheur est mûr pour des ruptures, des bouleversements. La révolution au Nicaragua a été favorisée par un tremblement de terre. Francine Kinet montre que les erreurs d’Eyskens au Congo en 1960 lui avaient fait perdre sa crédibilité dans toutes les classes sociales (le résumé de ce travail est consultable sur le site de Toudi sous le titre : Une thèse inédite sur 60-61). Il y ajouta un programme d’austérité ! Une grève générale devenait possible. Elle finit par se limiter à la Wallonie. Son échec a malgré tout inauguré le fédéralisme, une période de progrès. Et rendu prudents les amateurs d’austérité. La crainte d’un nouveau 60-61 hantait les esprits. L’affaire Dutroux n’a pas eu d’effets aussi profonds, le gouvernement Dehaene d’alors (1996), étant plus équilibré.

Charles Michel est minoritaire en Wallonie. Trois des cinq ministres wallons ont soit été en difficulté (Marghem), soit contraints à la démission (Galant, Jamar). Le sixième ministre MR, le Bruxellois Reynders, est le seul francophone qui détienne un des pouvoirs régaliens : la diplomatie. L’intérieur (Jambon), l’armée (Vandeput) et les finances (Vanovertveldt) vont à des ministres de la droite flamande dure NVA (la gauche flamande est également absente du gouvernement) et la Justice va au CD&V (Geens). L’hypothèque NVA pesait sur le gouvernement Di Rupo, légèrement minoritaire en Flandre. Maintenant c’est celle du Vlaams Belang qui pousse Jambon à des déclarations islamophobes mensongères après celles anti-bruxelloises de novembre ne visant pas que les gens d’origine maghrébine. La Région bruxelloise s’est défendue parce qu’elle en a les moyens au point de mettre sur pied un Conseil régional de Sécurité, certes officieux dont on a peu expliqué qu’il s’imposait avec un gouvernement assez étranger à Bruxelles, voire hostile.

Une population mécontente mal relayée par les médias francophones

Le 23 novembre 2015, Béatrice Delvaux écrit dans Le Soir à propos des erreurs de communication sur la menace terroriste : « La palme de l’indigence revenait cependant aux syndicats (de cheminots) qui ont maintenu leur mot d’ordre de grève en Wallonie. Mais ce soir, cela ne mérite pas plus d’une ligne. » Jean-Jacques Jespers (Préjugés de classe et ligne éditoriale dans Politique, janvier-février 2016) cite la réplique de Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la CNE-CSC, le lendemain : « Une presse au garde-à-vous, surexcitée d’être dans une ville en guerre (sans la guerre...) […] et voilà que se libère la haine de classe d’une moyenne bourgeoisie diplômée mais sans mémoire ni vision... » Le Soir et La Libre Belgique fustigent les contrôleurs aériens le 13 avril, inquiets de « l’image de la Belgique » voyant leur grève comme « détestable et irresponsable ». Qui les croira ? Ils sont opposés à toutes les grèves dans la capitale de l’« Europe », de cette UE qui impose, par les traités TSCG et MES, pour les 20 ans à venir, d’interminables politiques d’austérité alors qu’en Wallonie et à Bruxelles, on compte 30% d’enfants sous le seuil de pauvreté. Et on va renforcer les sanctions pour les usagers du CPAS.

Deux blocages en Wallonie

J’ai été bloqué des heures durant en Wallonie le 1er avril par les transporteurs. Tout aussi ennuyés que moi, les usagers de la route ne voyaient pas cela sans sympathie. Aussi circonscrites que soient leurs revendications, elles suscitaient une vraie compréhension, bien au-delà de leurs intérêts professionnels. Elle aura le mérite d’hypothéquer les menaces législatives pesant sur le droit de grève suite à une action semblable de la FGTB à Liège en octobre 2015. À laquelle on a attribué, même à la RTBF, un puis deux morts, sans aucune preuve. Ce qui a surpris après ce 1er avril, ce n’est pas tellement la réaction brutale du ministre Jambon à l’encontre des transporteurs, mais que les responsables politiques wallons soulignent que le maintien de l’ordre n’était pas de leur compétence. C’est exact, mais les autorités régionales à Bruxelles, avec le même statut constitutionnel qu’en Wallonie, sont associées étroitement aux mesures prises par le fédéral. Pour un Philippe Destatte, le gouvernement wallon n’assume pas là son rôle.

Islamophobie

On a trop mis en cause la formule pourtant éclairante d’Olivier Roy sur le djihadisme (« c’est plus une islamisation de la radicalité que du radicalisme islamiste »), mais, comme Corinne Torrekens le dit (Comprendre le basculement dans la violence djihadiste, dans La Revue nouvelle, n° 89, 2015), qui se réfère aussi à Roy, cette formule, si on la nuance, analyse bien ce qui s’est passé à Paris et à Bruxelles. Penser que ces individus ont cherché une sorte de sens à leur vie en se faisant exploser n’implique aucune complaisance. Hans Magnus Enzensberger dans son essai de 2006 paru chez Gallimard Le Perdant radical, essai sur les hommes de la Terreur les qualifie de « perdants radicaux » répondant aux mêmes caractéristiques que ceux qui provoquent un carnage sur un campus universitaire ou une école, c’est-à-dire des hommes à la recherche du bouc émissaire, mégalomanes et assoiffés de vengeance, chez qui s'allient obsession de la virilité et pulsion de mort. Un assemblage fatal qui, en définitive, les conduit, quand ils se font exploser, à se punir et punir les autres de leur propre échec. Dans la tradition de toutes les grandes spiritualités, religieuses ou non (comme celle de la Résistance durant le second conflit mondial), il n’y a d’acte héroïque que celui dont la finalité demeure la Vie, y compris celle de celui qui, en fonction de ce qu’il poursuit – la liberté de la patrie chez les Résistants –, est amené à devoir accepter de mourir, sans que cette mort ne le fascine ni qu’elle ne soit la cause directe de celle des autres. Si un Jacques Bingen se suicide lorsqu’il est repris par la Gestapo en mai 1944, c’est pour éviter de parler sous la torture, livrant des secrets dangereux pour les siens.

Personne ne nie aujourd’hui qu’il existe de très très graves dérives religieuses comme l’intégrisme présent dans toutes les religions, islam et christianisme compris. De là à stigmatiser toute une communauté en prétendant qu’une « part significative » (Jambon) d’entre elle se serait réjouie des attentats… Pour ce qui est des personnes d’origine arabo-musulmane, il s’agit en outre de gens discriminés, voire même exclus. En outre, comme Jean-Marc Ferry ou Habermas l’ont montré, l’idéologie dominante (celle de l’Union européenne), bien que largement considérée comme acceptable, critiquée surtout politiquement (trop peu), doit l’être aussi au même niveau philosophique que les intégrismes. Certes, cette idéologie ne tue pas directement. Mais comme le dit Roger Monjo (Roger Monjo, Laïcité et société post-séculière, dans Tréma [En ligne], 37, 2012), elle provoque « de profondes pathologies sociales ». Mixte de scientisme, d’économisme et de technicisme, pense-t-il, elle n’offre aucun point d’appui pour combattre ces pathologies sociales (« Dérégulons et que le meilleur gagne » dit la patronne de Belgacom). Elle renvoie « chacun et d’abord les plus faibles et les plus démunis à un face-à-face solitaire avec elles. » La science ouvre à des perspectives extraordinaires (et salutaires), comme les biotechnologies, la maîtrise de l’énergie. Mais elle se retrouve, face à la crise climatique ou la possibilité de fabriquer du vivant, en face de problèmes qu’elle ne peut résoudre à elle seule. Et, poursuit Monjo, nous sommes « dans un monde marqué, par ailleurs, par l’épuisement de tout mouvement révolutionnaire, messianique ou utopique, fondé sur une philosophie de l’histoire (et du progrès) largement partagée... » Gilbert Achcar (La religion peut-elle servir le progrès social ? dans Le Monde diplomatique de juin 2005) rappelle qu’en Amérique latine et au-delà, marxisme et théologie de la libération se sont donné la main. Il détaille aussi les pierres d’attente d’un islam pouvant être progressiste. L’article entier, très éclairant, est accessible sur la toile.

Non à la guerre extérieure, non à la guerre intérieure

Quand Obama déclare le soir des attentats de Paris – « C’est une attaque contre l’humanité et les valeurs que nous partageons » – j’ai du mal à le croire. Les gouvernements européens peu capables d’indépendance depuis de Gaulle, ont mené des opérations militaires insensées dans les pays arabo-musulmans ces deux dernières décennies. Les deux guerres d’Irak surtout. La Belgique et l’Allemagne ont refusé de participer à la première. Rejoints par la France et le Luxembourg pour la deuxième. Il y a eu des millions de morts (Nafeez Ahmed, Middle East Eye, 8 avril 2015, Le Soir du 4 avril 2015 etc.), dont des centaines de milliers d’enfants irakiens privés de médicaments et de nourriture après 1991 (sources : UNICEF notamment). Quel Européen attaché à la démocratie (et aux États-Unis qui permettent la montée d’un Sanders), peut accepter qu’un Président américain lui dise (Paris), qu’il partage les mêmes valeurs ou qu’il faut rester unis (Bruxelles). Unis pourquoi ? Pour continuer les guerres partout dans le monde ? Ou chez soi, après avoir enlevé aux Parlements la prérogative essentielle du contrôle de de la politique budgétaire ? Contre le droit du travail, contre la démocratie économique (privatisation des services publics) ? Contre la Sécu, avancée sans précédent dans toute l’histoire humaine ? Un grand mouvement social pourrait renverser le gouvernement fédéral.

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Le cas ESB à Seraing ou comment programmer la mort de l'industrie

Vous avez certainement vu à la TV les images des violences ouvrières à l'usine ESB (Engineering Steel Belgium) de Seraing. Des gens ont été choqués par les images et se sont demandé comment de tels faits étaient possibles? Mais une fois la TV éteinte, la réflexion revient. Nous ne sommes pas retombés d'un coup à l'époque du « machinisme » du XIXe siècle où les travailleurs en révolte brûlaient les châteaux et saccageaient les entreprises, se faisant fusiller par la gendarmerie, comme à Roux (Charleroi) en 1886. Non, les ouvriers en colère n'ont pas touché l'outil (leur outil) mais les bureaux de la direction. Ils ne sont pas fous et espèrent encore la survie de leur entreprise. Les médias affamés de scoops sanglants nous ont aussi passé en boucle l’histoire de ce malheureux ouvrier qui a voulu se suicider. Il y a 10 ans qu'il travaillait à ESB. Pour comprendre ce qui a amené à cette révolte et presqu’à la mort d’un homme, nous allons brièvement parcourir l'histoire de cette entreprise.

Fondée en 1972 par Cockerill, l'aciérie électrique a été reprise par Tubemeuse, puis en 1995, par le groupe américain ELLWOOD et en 2009, par le groupe allemand Georgsmarienhütte (GmbH). En décembre 2014, GmbH cède l'outil au groupe Luxembourgeois REM ( aujourd’hui Green Elephant). En juillet 2003, ELLWOOD veut licencier 50% du personnel suite à l'introduction d'un système de travail de 12h par nuit, 3 jours semaine (l'électricité est moins chère la nuit). Les syndicats demandent une rencontre mais la direction refuse et les Ministres Régionaux Kubla et Marcourt font la sourde oreille aux cris d'alarme de la FGTB. Après 3 semaines de grève, une manifestation à Seraing et de difficiles négociations, le résultat sera de 12 prépensions et 12 départs volontaires avec prime. En septembre 2006, un grave accident se produit causant 3 blessés et tuant un ouvrier. Une aciérie électrique est un outil dangereux à manipuler, le métal à 1500° est « vivant », il réagit ! L'enquête de l'Auditorat du Travail pointe les conditions de travail en vigueur chez ESB.

La spéculation capitaliste est incompatible avec l'environnement

Le manque d'investissements chronique fait que l'entreprise n’a pas été adaptée aux nouvelles normes environnementales, causant la mise à l'index de plus en plus nette de l'entreprise pour sa pollution sonore et ses rejets de poussière massifs. En 2008, la commune de Seraing menace d'arrêter la production d'acier si ESB ne s'engage pas à faire des travaux de dépoussiérage et de lutte contre le bruit. En octobre, la direction remet un plan de réduction des nuisances et des fumées. Surprise, en janvier 2009, ELLWOOD revend l'entreprise à Georgsmarienhütte ( GmbH), un holding allemand qui contrôle 54 entreprises dans l'acier et l'énergie. La nouvelle direction procède à certains investissements de dépollution sonore pour faire lever l'interdiction de produire la nuit. En septembre 2010, un ouvrier est grièvement brûlé (3e degré) par de l'acier en fusion. Sa vie ne fut pas en danger mais il restera handicapé à vie. Un an plus tard, une explosion cause 2 blessés et des dégats importants. De nombreux incidents et accidents (dont plusieurs incendies) démontrent l'état déplorable des installations et du manque de sécurité. En mars 2011, la saga environnementale reprend de la vigueur. Le Bourgmestre confirme qu’ ESB ne respecte pas ses engagements mais qu’il craint pour les emplois. Le Commune relance ses menaces d'interdiction de production ce à quoi la direction répond qu'elle a jusqu'en 2012 pour se mettre aux normes.

En juin 2011, la direction d'ESB annonce que pour réduire les pollutions (notamment placer un nouveau dépoussiéreur, les travaux se feront effectivement en 2012), il faudra un investissement de 22 millions. Elle envisage de doubler ses capacités et de créer des emplois. En juin 2014, coup de tonnerre, la direction annonce son intention d'arrêter la production d'acier à ESB et de ne garder que des activités de gestion de mitrailles. Coût social : 185 emplois. La procédure Renault est engagée. La direction fait état d'une perte cumulée de 63 millions due notamment aux investissements de dépollution. En juillet 2014, la direction ouvre une période de chômage économique de longue durée pour le personnel. En dehors du personnel d'entretien qui assume le maintien de l'outil, les ouvriers de production chôment 4 semaines sur 5 et ont un complément patronal. Rappelons que pour le patron, un chômeur économique ne coûte que 25% du salaire, le reste étant versé par la collectivité (le chômage), la revente des quotas de CO2 compense largement la part patronale.

Un long marché de dupes

Au mois d'août, les experts de la SOGEPA déclarent qu'une reprise est possible avec un investissement de 20 millions pour améliorer la productivité. En septembre, la direction dit qu'il faudra un investissement plus gros et qu'elle ne veut pas le faire. Un repreneur, par contre, l'intéresserait pour se désengager de ses obligations environnementales. Elle veut bien vendre ESB pour l'euro symbolique ! En octobre, la phase 1 de la procédure Renault est clôturée. La direction a refusé toutes les propositions alternatives des syndicats et de la SOGEPA. En novembre 2014, la direction présente un plan social au minimum légal. Les syndicats s'énervent devant le peu de respect des travailleurs. En décembre, devant la mauvaise volonté de la direction, un conflit démarre. Elle recule et augmente même le budget de l'enveloppe sociale !? Mais fin décembre, retournement de situation, GmbH annonce qu'il a un repreneur et la procédure Renault est arrêtée au grand soulagement des travailleurs. Début janvier 2015, le repreneur REM s'annonce. C'est un holding financier spécialisé dans le charbon, le bois et la pâte à papier. Il cherche des créneaux de rentabilité financière. REM s'engage à redémarrer les installations dans les 3 mois et promet de livrer un plan industriel. En avril, un business plan est rentré à la SOGEPA. En juillet 2015, REM promet tout et n'importe quoi. Il propose même de racheter la cokerie de Cockerill, Ringmills, de créer une centrale biomasse et de créer 400 nouveaux emplois. Le plan d'investissement est de 117 millions sur 3 ans. C'est le bonheur quoi !

Hélas, il y a un hic ! Les syndicats et la SOGEPA qui ont analysé le plan industriel le trouvent un peu léger et posent une série de questions qui resteront sans réponse. En plus, REM (devenu Green Elephant) exige que la Région Wallonne mette 100 millions sur la table et reporte sans cesse le redémarrage de l'aciérie. En février 2016, la FGTB en a ras le bol et dénonce la non-réaction de l'actionnaire qui ne répond pas aux interpellations. Du coup, Green Elephant annonce un redémarrage pour avril à condition que la Région Wallonne accorde le prêt de 100 millions. La Région s'inquiète de ces reports de démarrage et de leur manque de raisons. Elle déplore que l'actionnaire n'ait donné aucune information permettant d'analyser le projet qui comporte de nombreuses zones d'ombre selon la SOGEPA. En mars 2016, les syndicats craignent que les promesses de Green Elephant ne soient que de la poudre aux yeux. Ils commencent à soupçonner l'actionnaire précédent, GmbH, d'avoir refilé ESB à REM pour ne pas avoir à assumer un plan social et la dépollution du site. Green Elephant annonce une reprise de la production pour le 23 mai (pour la 6e fois en un an et demi).

La violence patronale

Le 12 avril 2016, la direction annonce qu'il n'y plus d'argent dans la caisse et que les salaires de mars ne seront pas payés !!! Retenez que si un travailleur n'est pas payé pour ses prestations, il n'a pas droit au chômage. Les travailleurs en colère séquestrent les 3 directeurs. Dans l'après-midi, la banque CBS octroie un crédit-pont et les syndicats négocient pour le paiement des salaires de mars. Mais les travailleurs révoltés, conscients du point auquel ils ont été trompés en viennent aux mains avec les directeurs. La brigade anti-émeute vient libérer les directeurs. Les travailleurs se retrouvent seuls sur le site avec ce constat : le repreneur n'a, in fine, ni plan industriel, ni argent pour faire fonctionner l'entreprise. La rage et la hargne reprennent le pas sur la résignation et la nuit, les travailleurs s’acharnent sur le bâtiment administratif, symbole de la destruction de leur entreprise par ce repreneur fantoche. Le stress est tellement violent qu'un travailleur veut se pendre dans l'usine, un délégué présent l'en empêche de justesse . La direction annonce que les travailleurs seront payés le 14 avril mais elle n'a pas donné l'aval au service social pour effectuer ce paiement et elle ne répond plus aux appels de la comptabilité. Le 13 avril, la Région Wallonne, le Bourgmestre et les syndicats se réunissent pour trouver une solution pour payer les salaires et envisager des actions en justice contre Green Elephant et GmbH. Dans le même temps, on apprend dans la presse que la CGT et la Région du Nord de la France ne veulent plus entendre parler du holding sachant que ce sont des margoulins. En effet, Green Elephant a déja commis ce genre de méfaits dans plusieurs entreprises de la région, comme lors du rachat d'Akers à Thionville. On peut pourtant se demander comment l’enquête de la SOGEPA n'a pas permis de voir à qui elle avait affaire, malgré tous les signaux d'alarme ???   Autant on sait contrôler les chômeurs, les travailleurs, autant on ne sait pas empêcher des margoulins de piller les caisses et de faire payer la collectivité. Dans le dossier sidérurgie, la responsabilité du Parti Socialiste est énorme, de l'abandon sauvage des Forges de Clabecq, aux magouilles avec Duferco qui ferme Carsid et à la fermeture honteuse de ce magnifique outil qu'était Cockerill !!! Le Ministre Marcourt a lui joué un rôle démoralisant en faisant des annonces chocs et des promesses non tenues comme le décret d'expropriation (qui aurait pu sauver une série d'entreprises) abandonné sous prétexte que les autres membres du gouvernement wallon ne l'ont pas soutenu. Le PS fait pourtant plus de 30% des voix. Il aurait pu mener la bagarre pour faire voter ce décret. Les travailleurs wallons l'auraient soutenu !

Les syndicats ne doivent plus écouter le chant des « sirènes » roses ou bleues, ils doivent s'appuyer sur la force des travailleurs pour faire respecter leurs droits. Nationaliser une entreprise n'est pas un crime mais un acte de survie. Et en ce qui concerne les moyens financiers pour faire tourner les outils, le scandale des Panama Papers nous montre où nous pourrions trouver ces moyens !

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Migrations et syndicalisme

Des centaines de milliers de migrants affluent dans les pays européens et suscitent un sentiment de solidarité envers ces personnes qui souvent fuient la guerre et la désolation, mais aussi des sentiments de crainte, notamment quant aux questions de travail, de chômage et de sécurité sociale. Ces migrants ne vont-ils pas vider les caisses de notre sécurité sociale ? Ne vont-ils pas nous faire concurrence et nous prendre notre travail déjà si rare ?
On peut comprendre ces inquiétudes, d’autant plus que le message venant d’Allemagne est bien celui-là : si le gouvernement de ce pays ouvre grand ses portes, c’est parce qu’à cause de son déclin démographique, il craint la diminution prochaine des travailleurs disponibles et par conséquent la hausse des salaires. On sait bien combien le chômage est « l’armée de réserve » du capitalisme, un réservoir de main-d’œuvre d’autant plus corvéable et soumis qu’il sera précarisé. Plus il y aura de chômeurs affamés, prêts à tout pour retrouver du travail, plus cela permettra de maintenir à un bas niveau les conditions d’emploi.

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Campagne électorale certes, mais surtout une campagne de luttes!

Comme le montre si bien José García dans l'entretien publié dans ce numéro (p. 6) il y a à Bruxelles en même temps environ 40.000  demandes de logement social et presque 20 000 immeubles inoccupés. Plus injuste encore la droite au gouvernement, avec la complicité active du parti socialiste et des écolos, refuse le projet d'une taxation progressive de loyers et ferme les yeux, complaisante, devant les augmentations de ceux-ci. Pourtant les cadastres  qui servent de référence aux impôts n'ont pas bougé depuis 1980 (normalement leur révision devrait être quinquennale). Bruxelles connaît des grands propriétaires possédant nombreux immeubles et payant des impôts dérisoires tout en augmentant  en permanence  les loyers. Voilà un cas précis et concret  touchant la vie quotidienne des gens qui mobilisera le peuple de gauche bruxellois et en particulier les militants communistes dans la campagne qui arrive.

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