1950 – 2021 : 71e commémoration de l'assassinat de Julien Lahaut

Marc Denonville, le .

155

Ce 18 août 2021 nous commémorons le 71e anniversaire de l’assassinat de Julien Lahaut.

Cette année, cette commémoration revêt une signification particulière dans le sens où elle survient 15 jours avant le centième anniversaire du Parti Communiste de Belgique fondé à Anderlecht Bruxelles les 3 et 4 septembre 1921.

La naissance du PCB s’inscrivait tout naturellement dans l’élan de la révolution d’octobre 1917 qui allait déboucher sur la fondation de la IIIe Internationale communiste en 1918 avec la création du mouvement international auquel nous appartenons. En 1918, à la fin de la Grande Guerre, on assiste dans toute l’Europe à l’émergence d’un mouvement révolutionnaire où, suivant l’exemple des soviets, des conseils d’ouvriers et de soldats tentent de prendre le pouvoir.

Sait on que

le dimanche 10 novembre 1918, soit un jour avant l’armistice, 6000 soldats allemands se mutinent défilent dans les rues de Bruxelles en chantant l’internationale et en brandissant le drapeau rouge ?

Ce même 10 novembre en France, des conseils d’ouvriers et de soldats de Metz et Mulhouse proclament la république des conseils d’Alsace-Lorraine et le drapeau rouge flotte sur la cathédrale de Strasbourg jusqu’à l’intervention de l’armée française.

En Allemagne l’agitation révolutionnaire abouti à l’abdication de l’empereur Guillaume II qui cède la place à un gouvernement social-démocrate qui va révéler sa trahison. En 1919, une république des conseils est proclamée en Bavière. En 1920 une tentative d’un coup d’état (Putsch Kapp) mené par l’armée entraîne une grève générale qui paralyse le pays et les travailleurs de la Rhur constituent une « armée rouge de la Ruhr », qui regroupe 60 000 ouvriers en armes. Les dirigeants sociaux-démocrates vont tout mettre en œuvre pour écraser le mouvement révolutionnaire. Ils n’hésiteront pas à s’appuyer sur les corps francs pour assassiner les dirigeants du KPD et déclencher une répression sanglantes qui va se poursuivre jusqu’en 1923 où des milliers de travailleurs tant communistes que socialistes syndicalistes grévistes seront massacrés. Rappelons que les corps francs sont composés de militaires qui n’acceptent pas la défaite dont ils attribuent les causes au mouvement ouvrier, aux juifs et aux communistes qui seraient responsable du « coup de poignard dans le dos ». Parmi eux la célèbre brigade Erhard dont l’orientation politique est claire. Ses membres arborent la croix gammée et chantent « quand la brigade Erhardt est en armes  Attention à toi, cochon de travailleur  ! » et plus tard ils se rallieront tout naturellement au parti nazi.

Ce climat révolutionnaire va gagner toute l’Europe et faire trembler la droite.

En Hongrie une république des conseil est écrasée par une coalition anticommuniste menée par la France, la Roumaine, la Serbie et la Tchécoslovaquie

En Belgique, effrayée par ce climat, la droite va faire des concessions :

En 1919, le suffrage universel est accordé aux hommes et aux veuves de guerre.

En 1920, une première indexation des salaires est accordée aux mineurs.

En 1921, l’article 366 qui sanctionne les grévistes de prison est abrogé, le parlement vote la loi sur la journée des huit heures et les femmes obtiennent le droit de vote aux élections communales.

En cette même année 1921, 9000 travailleurs des usines d’Ougrée Marihaye à Liège se mettent en grève pour contrer la volonté patronale de leur faire subir les conséquences de la destruction des installations causées par l’armée allemande lors de son retrait. C’est dans cette lutte qui va durer 9 mois que Julien Lahaut va donner la mesure de ses talents d’organisateur et de tribun. A cette occasion, les travailleurs prendront conscience de la trahison des dirigeants du Parti Ouvrier Belge qui les abandonnera à leur sort tout comme Lahaut qui sera exclu du parti et de la centrale des métallurgistes dont il était permanent et dont il sera finalement réhabilité lors d’une précédente commémoration.

Cette nouvelle trahison de la sociale démocratie qui se vérifiera par la suite va contribuer à renforcer la prise de conscience de tous les révolutionnaires qui aboutira sous les auspices de la IIIe Internationale à la fondation du Parti Communiste de Belgique qui aura lieu à Bruxelles les 3 et 4 septembre 1921 et auquel Julien Lahaut adhérera en 1923.

Elu au conseil communal de Seraing en 1926 il rejoindra Jacquemotte au parlement en 1932 pour relayer les grandes luttes ouvrières de cette époque. Il participera à la lutte anti-fasciste et contre l’occupant nazi ce qui lui vaudra d’être déporté. A la libération c’est dans le cadre difficile de la guerre froide qu’il continuera à défendre les travailleurs dans le combat de toute sa vie, un combat pour lequel il sera assassiné en 1950 dans un attentat organisé par l’extrême droite et les milieux d’affaires avec la complicité de l’état et des milieux écclésiastiques.

Vive Julien Lahaut et Vivent toutes celles et tous ceux qui continuent à porter le flambeau et les valeurs de notre mouvement et de ses fondateurs !

Imprimer