Carrefour : Comme toujours, ce sont les travailleurs qui trinquent

Le processus de restructuration du groupe Carrefour préfigure bien l'avenir, qui s'installe déjà, des conditions de travail où les nouvelles technologies et les nouveaux modes de consommation seront utilisés par le patronat pour optimiser leurs profits au détriment de l'emploi et des droits des travailleurs.

L'annonce de la suppression de 1233 emplois chez Carrefour Belgique a été brutale. En particulier celle annonçant la fermeture du site de Belle-Île à Liège, passé en direct au journal télévisé : les caissières travaillent, tout d'un coup on ferme le magasin, on fait monter le personnel en réunion et on annonce la fermeture ! Ces suppressions visent essentiellement les hyper-marchés (1053 emplois) dont deux seraient fermés (Belle-Île et un autre à Genk) et aussi 180 postes au siège central d'Evere.

Comme on le voit, ce sont les hyper-marchés qui sont particulièrement touchés. Ces immenses magasins, généralement situés dans des galeries commerçantes ou sur des sites regroupant d’autres grandes surfaces, le plus souvent à la périphérie des villes et où l’on trouve de l’alimentaire et du non-alimentaire, ont connu une grande extension dans les années 80-90. Ils ont permis à la chaîne de négocier leurs achats dans des conditions très favorables, particulièrement les négociations avec le monde agricole (rappelons-nous les actions des producteurs de lait notamment, contraints de vendre à perte). Cela procurait à la chaîne des accumulations de bénéfices permettant de redistribuer de bons dividendes à ses actionnaires. Cependant depuis les années 2000, la situation a commencé à changer avec le développement de ce qu’on appelle le hard discount (Aldi, Lidl…) et plus récemment du commerce en ligne. Mais le modèle hyper-marché a aussi souffert d’un changement de mentalité des consommateurs, plus sensibles aux économies d’énergie et donc moins disposés à prendre leur voiture pour aller faire les courses ; alertés par les scandales alimentaires comme celui de la vache folle ou plus récemment celui des œufs au fipronil se mettant à la recherche d’aliments plus sains.

On a donc vu se développer de petits supermarchés de proximité, Carrefour lui-même multipliant les petites structures (souvent franchisées) et comprenant des rayons de produits bio. Une autre solution qui a pris de l’ampleur est le drive-in. Le client commande et vient chercher ses produits soit en magasin soit sur un autre lieu de stockage. En fait, à l'heure actuelle, la grande distribution (toutes chaînes et tous formats confondus) garde le monopole dans l'alimentation, 60% des ventes passent par elle. L’E-commerce, s’il a le vent en poupe pour le non-alimentaire peine encore face aux problèmes logistiques liés aux produits frais et surgelés par exemple.

Pour la direction de Carrefour, les restructurations annoncées en février sont justifiées « pour aller vers les conditions du marché », en gros, répondre à la désaffection vis-à-vis des hypers, répondre au commerce en ligne qui se développe… Ce sont les mêmes éléments qui avaient été mis en avant lors de la restructuration au Delhaize en 2014. D’ailleurs, si pour les travailleurs de Carrefour, ces licenciements interviennent alors qu'en 2010 déjà, une restructuration impliquant de gros efforts avait eu lieu (1700 emplois), chez Delhaize la fusion (en juillet 2016) des groupes Ahold et Delhaize n’offre pas non plus la certitude d’une stabilité à long terme. Récemment, le PDG d’Ahold Delhaize, Dick Boer, a dit que « Delhaize Belgique ne va pas très bien » et qu’un plan de relance sera mis sur pied avec la direction belge dans le premier semestre de l’année, entendez avant l’été. Cela alors que le dividende d’Ahold Delhaize a augmenté de 10% en 2017, en partie grâce aux conditions fiscales favorables en Belgique !

En France aussi les travailleurs de carrefour sont dans le collimateur et en ce début de mars 2018, ils sont venus de nombreuses villes pour se faire entendre au siège social de Massy. Mais il est clair que dans les deux pays, les enjeux et les risques pour les travailleurs sont les mêmes. Il existe un plan Carrefour 2022 dont l’ambition avouée est de faire de Carrefour un leader de la distribution et de renouer avec la croissance en jouant sur tous les tableaux, la distribution en magasin, sur les sites internet, les réseaux sociaux, dans les catalogues etc. Dans ces transformations, les travailleurs seront à nouveau une valeur d'ajustement qui permettra de continuer à engranger plus de bénéfices.

Lors du conflit de février 2018, les travailleurs sont partis en grève. Les syndicats (SETCA et CNE) ont rencontré les directions mais laissés dans le flou, ils n’ont pu progresser dans les négociations. La direction veut aller vite et propose des réunions régulières mais très rapprochées qui ne permettent pas une réelle analyse des données chiffrées ni surtout de retourner vers les travailleurs afin de discuter les différentes propositions. Quant au gouvernement, les syndicats considèrent que son intervention n’est pas sincère et trop tardive. Jeholet comme Peeters promettent de limiter la casse en reclassant un maximum de travailleurs. (Sans doute dans les fameux flexijobs !). Ils osent prétendre entendre les travailleurs alors qu’ils continuent de voter des mesures en faveur des multinationales. Les travailleurs de Carrefour ont besoin de notre soutien politique mais aussi de gestes simples tels que boycotter le self-scanning par exemple !

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