Dégressivité pour les chômeurs, cadeaux fiscaux pour d’autres

Guy Stroobant, le .

C’est dans un contexte général d’accroissement des inégalités, que le gouvernement fédéral a annoncé, le 24 juillet dernier, un nouveau train de mesures destinées à accélérer la dégressivité des indemnités de chômage des travailleurs sans emploi. Depuis la réforme de novembre 2012, la dégressivité des allocations de chômage est organisée en trois phases, la durée de chacune de ces phases dépend de différents paramètres, comme le passé professionnel ou la situation familiale.

Les mesures gouvernementales prises en juillet dernier consistent à augmenter légèrement les allocations des 6 premiers mois, ce qui permet au gouvernement d’essayer de nous vendre son projet comme « social », mais la dégressivité est notablement accélérée au cours de la deuxième phase, amenant rapidement les allocations en troisième phase où les allocations sont réduites à un forfait inférieur au seuil de pauvreté.

Les chômeurs de longue durée seront astreints à prester « un service à la collectivité » constituant un volant de main d’œuvre à très bas coût, sans aucune possibilité de contestation, qui va représenter une concurrence déloyale vis-à-vis des entreprises employant une main d’œuvre protégée par les lois sociales. Le prétexte avancé par le gouvernement pour justifier ces mesures, est qu’elles sont censées pousser les demandeurs d’emploi à chercher plus activement un emploi. La véritable intention est de déforcer le travailleur candidat à la reprise d’un emploi, face à un employeur potentiel.

Cet employeur, connaissant la menace que les mesures gouvernementales font peser sur le travailleur postulant, va pouvoir lui imposer ses conditions, tant du point de vue salarial, que des conditions de travail. Le fond du problème est ailleurs, c’est la rareté de l’emploi. L’équation est simple : 490.318 travailleurs sans emploi pour 135.000 postes vacants. Pourquoi les fameux emplois vacants ne sont-ils pas pourvus ? Les emplois nouvellement créés sont des emplois précaires : 53% sont des emplois à temps partiels, et on assiste entre 2004 et 2017 à une explosion du nombre des « contrats d’un jour », passant de 5.047 en 2004 à 16.081 en 2017.

Non, il ne suffit pas de « traverser la rue » pour trouver un emploi décent ! Un effet collatéral prouvant la précarisation croissante des travailleurs avec ou sans emploi, est l’afflux des personnes précarisées vers les CPAS; ils ont subi au cours de ces cinq dernières années, une augmentation de 27% de personnes aidées. Conséquence de la précarisation : les chiffres de la FGTB montrent qu’entre 1995 et 2016, la part des salaires belges dans le secteur privé, en pourcentage du PIB est passée de 64% à un peu moins de 60%.

Bruno Bauraind, secrétaire général du GRESEA (Groupe de Recherche pour une Stratégie Alternative), montre que la part croissante de la richesse produite accaparée par le capital, contrairement aux fables répandues par les milieux ultralibéraux, n’est pas vertueusement redirigée vers des investissements productifs. Il montre que la fameuse « théorie du ruissellement », qui inspire visiblement la politique gouvernementale, n’a aucun fondement scientifique. Cette théorie consiste à dire : « gavez les riches, car ainsi les miettes qui tomberont (ruisselleront) de leur table seront d’autant plus grosses pour les pauvres qui les ramasseront ». En des termes plus académiques, cette théorie prône un transfert accru de richesses vers les détenteurs du capital, car la demande d’articles luxueux ainsi créée par leur consommation, percolera dans la société, et créera de l’emploi.

Appliquer cette théorie revient à asservir l’économie d’une société aux goûts de luxe futiles des possédants au mépris complet des besoins sociaux réels de l’écrasante majorité des populations. En fait, cette théorie du « ruissellement » est également antiéconomique : si on répartit équitablement le pouvoir d’achat, principalement au bénéfice de ceux dont le pouvoir d’achat est le plus faible, au lieu de le concentrer entre les mains des possédants, on crée un appel de consommation et on crée, comme pendant les trente glorieuses, un cercle vertueux production-consommation, tout en prenant en compte les besoins réels du plus grand nombre.

Cette théorie caricature une tare fondamentale du capitalisme : pour qu’un besoin humain soit pris en considération, il faut qu’il constitue un « marché solvable», par contre, les besoins humains criants de la majorité sont ignorés s’ils ne représentent pas un « marché solvable ». Le service d’études du PTB a fait paraître le Top 50 des entreprises qui bénéficient le plus de la mansuétude de la fiscalité belge. Selon cette étude, basée sur des chiffres de la Banque Nationale, les 1000 sociétés les plus bénéficiaires de Belgique paient un taux d’imposition moyen de 12,6%, et parmi elles, 50 sociétés ont payé 2,6% d’impôts, alors qu’une taxation de 33,99% devrait être d’application selon la législation. Et pour montrer une fois de plus l’absence de crédibilité du « réinvestissement vertueux » des richesses captées par notre « élite économique » : l’an dernier, 853 entreprises belges ont envoyé plus de 221 milliards d’euros vers des paradis fiscaux selon le journal « Le Soir » citant les statistiques du SPF finances.

Il y a de l’argent pour l’économie casino, au risque d’accroître l’instabilité de l’économie mondiale, mais pas pour les allocations sociales et l’économie réelle!

Imprimer