Le bilan social du gouvernement Michel Ier

Martin Willems, le .

 On se souvient que, fin de l’année 2005, le « pacte des générations » avait provoqué une mobilisation syndicale résolue. Cette réforme, sur un air bien connu (activation des travailleurs âgés sous prétexte de solidarité entre générations) était finalement mi-figue, mi-raisin, rendant -déjà- plus difficile l’accès à la prépension, mais comptant aussi quelques évolutions positives (généralisation de l’outplacement et des cellules pour l’emploi en cas de restructuration, maintien de l’indemnité de prépension en cas de reprise du travail). Avec le recul, cette réforme paraît bien modérée et anodine quand on la compare au catalogue des horreurs des mesures prises par le gouvernement Michel Ier.

Un mouvement social rouillé

Et pourtant l’indignation syndicale n’a pas été en proportion. Sauf les mobilisations de fin 2014 (dans la foulée de la mise en place du gouvernement), les mesures prises n’auront été contestées que par des mobilisations espacées. Comme si un départ sur les chapeaux de roue avait essoufflé précocement la bête, et qu’elle n’était plus capable ensuite que d’un long râle résigné peu susceptible de remettre ces plans en cause.

Palmarès

A additionner les mesures prises depuis 2015 en matière sociale, le bilan est cauchemardesque; il n’est pas inutile de les grouper et de les lister pour mieux en voir l’ampleur :

Soyons de bon compte : certaines de ces évolutions ont été initiées sous le gouvernement précédent (gouvernement Di Rupo) : invention des flexi-jobs, limitation dans le temps des allocations d’insertion, exclusions du chômage.

Mais Michel Ier aura abondé dans cette ébauche avec détermination, avec morgue et sans vergogne aucune.

Un spectre hante l’Europe : l’inflation des salaires

Car, oui, l’ensemble des mesures en matière sociale du gouvernement Michel Ier ont une vraie cohérence. Le fil conducteur qui les explique toutes est la volonté de contenir toute augmentation des salaires.

En effet les dirigeants capitalistes – dont ce gouvernement est le fidèle valet- ont une peur immense : que bientôt apparaissent des tensions sur le marché de l’emploi, qu’il n’y ait plus suffisamment d’ »armée de réserve » de chômeurs pour contenir les prétentions des actifs, et que cette situation conduise à une augmentation générale des salaires. Cela mettrait fin à leur âge d’or, ces quarante ans pendant lesquels la part de la valeur ajoutée allant au capital plutôt que dans les salaires n’a fait que croître. Cette restriction de l’offre de travail est en effet prévisible, pour de simples raisons démographiques. La vague du « baby-boom » quitte progressivement le marché du travail, et n’est pas remplacée par autant de jeunes travailleurs.

Politique de l’offre

Pour contenir les salaires, le gouvernement a deux recettes :

On peut aussi citer les mesures qui visent à faire travailler plus longtemps ceux qui travaillent déjà :

Comment nous vend-on cette soupe ?

Evidemment, le gouvernement ne va pas proclamer qu’il veut réduire les salaires. Ce serait peu populaire Aussi prétend-il que son objectif est la création d’emplois, et que la diminution du coût du travail fera diminuer le chômage.

Sauf que ce raisonnement repose sur une hypothèse fausse : que de bas salaires favoriseraient la création d’emploi. Notre économie est très ouverte, nous dit-on ; de plus hauts salaires renchériraient nos exportations qui ne se vendraient plus. Sauf que le Luxembourg a une économie plus ouverte que la Belgique. De même la Suisse que la France. Le niveau des salaires est bien plus haut dans le premier pays que le deuxième, et le chômage plus bas.

Et qu’est-ce que cette politique économique qui miserait tout sur les exportations et le «low cost », alors que le défi climatique nous dicte de relocaliser nos économies et le bon sens de miser sur la qualité ?

Ce que ce gouvernement cherche, ce n’est pas de créer plus d’emplois, mais de maintenir un taux de chômage, de précarité et de pauvreté suffisant pour pressurer les travailleurs. Le résultat des élections communales semble montrer que nos concitoyens l’ont compris. Espérons que ce sera encore plus le cas en mai prochain. Car un gouvernement Michel II enfoncerait les derniers clous de nos cercueils.

Martin Willems est secrétaire permanent CNE

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