La grande braderie de l'emploi

Bernard Lefèvre, le .

Tout le monde se désole du taux de chômage, en particulier chez les jeunes de 15 à 24 ans. Chacun y va de sa solution toute faite pour résoudre ce fléau, mais en évitant bien d’analyser les causes du problème de façon générale et objective. Il s’agit en fait d’une lutte idéologique afin d’imposer sa vision des choses plutôt que de répondre à l’exclusion des jeunes du système économique et social.

La FEB pour le travail forcé

Du côté patronal, le modèle allemand avec les mini-jobs et la formation en alternance est loué. Les premiers sont censés constituer un tremplin vers un emploi fixe, alors que la seconde auraient permis de former un grand nombre d’ingénieurs, plutôt que par le système d’enseignement. Aucune statistique ne vient étayer cette thèse. C’est un dogme qui ne peuvent être contesté. Car naturellement s’il y a tant de chômage, c’est parce que les gens concernés sont des fainéants à qui il convient de mettre le pied à l’étrier, de gré ou de force.

Or, en Belgique en tout cas, les « jobs, jobs, jobs » de Charles Michel et les services « ubérisés » sont loin d’avoir permis à leurs titulaires de décrocher un emploi fixe. Au contraire, l’incertitude contractuelle et la précarité matérielle sont le lot du plus grand nombre. Quant à la formation en alternance, elle fait partie des parents pauvres de notre système, encore trop fondé sur la méritocratie et non sur l’ascenseur social.

Ces deux recettes patronales ne pourraient fonctionner que si les mini-jobs étaient bien rémunérés et étaient partie intégrante d’un parcours de développement personnel et professionnel du travailleur, dont la formation en alternance serait un outil important. On peut toujours rêver …

Les syndicats

Pour les syndicats, il faut améliorer l’enseignement et proposer des fonctions dignes aux travailleurs et non les confiner dans des « métiers pourris ». C’est une noble vision des choses, mais comment faire en sorte que les différents pouvoirs en place y adhèrent, dans le rapport de forces qui est le nôtre actuellement ? Or, quelles solutions pour les jeunes exclus du chômage qui dépendent du CPAS ou de leur famille, quand ils ne tombent pas dans la délinquance ? Pour celles et ceux qui sont analphabètes, en décrochage scolaire ou primo-arrivants ? Les syndicats font partie du système et leurs dirigeants ne souhaitent pas en changer, même si toutes les impasses dans lesquelles il mène invitent à tout reconsidérer s’ils veulent être en cohérence avec leurs valeurs et leur raison d’être.

Le FOREM

Quant à lui, le FOREM classifie les postes vacants comme suit : Les métiers en pénurie et les fonctions critiques ; Les métiers d’avenir ; Les métiers porteurs.

Cette dernière catégorie se situe entre les deux autres et représente les métiers pour lesquels il y a un nombre élevé d’offres d’emploi et un fort taux d’insertion du travailleur. Il s’agit des métiers suivants :

Architecte d’intérieur (2.328 offres en 2018); Assistant commercial (1.991); Conducteur de grue (1.111) ; Infirmier en soins généraux (2.332) ; Technicien d’installation de matériels de télécommunication (787) ; Responsable de gestion industrielle et logistique (721); Vendeur à domicile (562) ; Responsable logistique (1.397) ; Electricien lignes et réseaux (571) ; Laborantin des industries de process (648) ; Responsable de maintenance industrielle (503) ; Instituteur primaire (1.156) ; Maître spécial – Prof de gym, de religion, de langue ou d’art dans le primaire (435) ; Responsable ressources humaines (617) ; Assistant social (547) ; Mécanicien d’entretien de voitures particulières et véhicules utilitaires légers (1.382) ; Délégué commercial en biens de consommation (1.069) ; Serveur en restauration (2.175).

On peut rester quelque peu dubitatif devant cette liste. Comment se fait-il qu’il y ait tant d’offres et si peu de candidats en adéquation avec les compétences ou titres requis? Il faudrait mettre en regard de ces métiers la rémunération et le statut contractuel proposés. Par exemple, pour les vendeurs à domicile ou les serveurs en restauration, les faux indépendants et les statuts précaires sont légion. Quant à d’autres métiers, les diplômes et expérience exigés par les employeurs expliquent qu’il y ait peu d’élus (Responsable ressources humaines, architecte d’intérieur …)

Le but réel de la démarche

Toutes ces classifications ne servent pas l’emploi ni les demandeurs d’emploi. Elles visent à culpabiliser ces derniers en laissant entendre que « il y a plein d’emplois vacants, mais les gens ne veulent plus travailler », antienne que l’on entend souvent. Or chacun d’entre nous connaît des personnes qui s’échinent à trouver un emploi et qui se font soit refouler soit proposer des conditions de travail, de rémunération et de protection sociale relevant de l’escroquerie plutôt que de la relation contractuelle honnête.

Et quand les autorités et les employeurs prônent une flexibilité accrue pour soi-disant créer des emplois et du mieux-être économique et social, ils augmentent surtout la précarité, l’exclusion et la fracture sociales. Le mouvement social en France, suite aux attaques d’une caste de privilégiés contre les conquêtes sociales telles que la retraite, puisse-t-il servir d’exemple chez pour une réaction des « damnés de la terre » à l’aune des agressions subies !

Le 28 janvier, une manifestation est programmée pour la défense de notre sécurité sociale. Soyons-y nombreux, car il s’agit d’un enjeu essentiel pour notre avenir à toutes et tous.

Mots-clés: Métiers en pénurie, fonctions critiques, métiers d’avenir et métiers porteurs

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