La mobilisation du personnel des soins de santé s'intensifie

Carine ROSTELEUR, le .

Comprendre la mobilisation du personnel des soins de santé et particulièrement des infirmières spécialisées avec titres et qualifications professionnels particuliers

 

Alors que les organisations syndicales ont signé un accord conséquent dégageant 1,3 milliards d’euros pour revaloriser les salaires des travailleurs des soins de santé, augmenter le nombre de personnel au chevet du patient, permettre de prendre des périodes de congés de 3 semaines consécutives avec 3 week-ends, lutter contre le burn-out, avec en plus une augmentation du financement de la formation 600 1 pour soutenir les travailleurs voulant effectuer une reconversion professionnelle vers les métiers de soins ( infirmière, aides-soignantes) …… malgré tout cela, la colère du personnel et sa mobilisation n’a jamais été aussi importante.

 

Mais pourquoi…. !!!!!

 

Trop de souffrance depuis trop d’années due à des coupes budgétaires à la machette dégradant les conditions de travail, la souffrance des travailleurs plus âgés transmise au personnel plus jeune ou encore en formation. L’environnement de travail des soignants est tellement violent (management inapproprié où les valeurs de l’argent et de l’humain s’affrontent, manque de respect des travailleurs qui sont ici majoritairement des travailleuses, impossibilité de combiner sa vie professionnelle avec sa vie de famille ou avec une vie sociale, des cadences qui s’accélèrent depuis des années au nom du profit ou en tout cas de l’équilibre budgétaire que finalement les employeurs n’arrivent plus à atteindre, une pénurie sans précédent d’infirmières non pas parce qu’il n’y en a pas, mais parce qu’elles quittent la profession et que personne n’a rien fait alors que cette pénurie était annoncée depuis 20 ans….).

 

A cela, est venue s’ajouter la crise COVID et son lot de surcharge de travail , ses prises de risques pour le personnel, l’impossibilité pour certain d’avoir pu se reposer et se déconnecter depuis 1 an et demi, et l’implémentation d’un nouveau modèle salarial (IFIC) annoncé en fanfare par les deux derniers gouvernements et promettant que les travailleurs des soins de santé et les infirmières allaient enfin être augmentées.

 

Mais alors, pourquoi le personnel infirmier des unités spécialisées a-t-il massivement débrayé le 14 juin ? On les a vu mobilisés et/ou en grève, soutenus par leurs collègues des autres services.

 

Le problème est ce nouveau modèle salariale IFIC. Il ne se base plus pour rémunérer les travailleurs sur le diplôme, ce qui explique que tous les travailleurs qui suivent des spécialisations ne se sentent pas revaloriser. Certains choisiront de ne pas entrer dans l'IFIC parce que cela ne représenterait pas, pour eux,une amélioration du salaire2.

 

Alors qu’on a tellement eu besoin d’eux et de leur compétence -en réanimation par ex .- durant cette crise COVID, on leur annonce qu'ils seront rémunérés comme leurs collègues qui travaillent dans le même service et qui n’ont pas fait le choix de suivre une formation pour se spécialiser. Et là, c’est la désillusion. Pour obtenir un agrément un service de réanimation doit compter un nombre très précis d’infirmières spécialisées, mais quand est venu le moment de reconnaître leur compétence et leur nécessité, cela ne compte plus.

 

1- Formation 600 est une formation financée par le fond Maribel pour inciter des travailleurs à s’engager dans une formation en soins infirmiers. Le principe est que durant sa formation le travailleur continue à percevoir son salaire et son remplacement est financé par le fond Maribel. C’est un très beau principe qui rencontre beaucoup de candidats avec un taux de réussite de plus de 80 %.

 

2- Lorsqu’il a déjà un contrat avec un hôpital , au moment de l’implémentation d’IFIC à 100% du financement, le travailleur recevra une simulation de l’ensemble de sa carrière financière qu’il pourra comparer à sa carrière financière actuelle. S'il estime que l'IFIC est pour lui moins avantageux que son échelle barémique actuelle , il peut faire ce choix ( 1 fois ) de garder son barème actuel avec en plus sa prime pour titre et qualification particulier.

Pourtant toutes les études prouvent que plus les travailleurs sont formés et spécialisés, plus la qualité des soins est bonne et moins le patient aura de complications et verra même son risque de décéder diminuer. Ce n’est quand même pas rien et c'est à prendre en considération pour ces travailleurs qui se sont engagés dans des études coûteuses et difficiles pour l’intérêt collectif.

 

 

En colère, ils le sont et à juste titre, même si l'IFIC représente pour énormément de travailleurs des augmentations salariales, d'autres sont laissés sur le carreau, et ils se mobilisent tant au travers de leurs organisations syndicales, que professionnelles, ou même spontanément, collectivement avec leurs collègues. A tel point que les employeurs ont dû faire appel à la fameuse réquisition pour que les soins soient assurés. Où en sommes-nous arrivés…

 

Toutes ces incohérences sont transmises au gouvernement actuel , qui est conscient que le modèle salarial mis en place par le gouvernement de Maguy De Bloc n’est pas la panacée et que des modifications doivent y être apportées. Ils y travaillent d’ailleurs actuellement tant la pression du secteur est importante.

 

Nous, organisations syndicales, dénonçons les incohérences du système IFIC et attendons du gouvernement des décisions fortes, tout comme un plan ambitieux pour rendre la profession et les études d'infirmières plus attractives.

Mais n’oublions pas qu’une structure de soins de santé, cela fonctionne avec l’ensemble du personnel et d’autres métiers sont également en pénurie à commencer par les médecins. Pénurie organisée volontairement par le gouvernement De Block qui a remis en place le numerus clausus alors qu’il manque de médecins partout, du généraliste au gériatre, avec les enjeux de sociétés que cela crée.

 

Le monde du soin est en souffrance, il est grand temps que le monde politique agisse avec un plan d’envergure, et il est évident que les 1,3 milliards d’euros ne vont pas suffire.Restons des travailleurs mobilisés, conscients que c’est collectivement qu’on gagnera le combat contre, osons le dire, l’austérité imposée par l’Europe.

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