Le rond-point comme anti-plateau de télé...

Marie-France Deprez, le .

Les actions lancées par les gilets jaunes ont commencé il y a deux mois déjà. Sans parler du contenu de leurs revendications, deux faits s'imposent à la réflexion: la violence de la répression policière et les comptes-rendus mensongers des médias.


Même si beaucoup d'entre nous ont déjà fait l'expérience des données erronées, oubliées, inventées ou passées sous silence, nous sommes si habitués à l'information que nous livrent les médias que peut-être nous nous y laisserions prendre sans les sites alternatifs et autres journaux résistants qui nous mettent en garde. Face au bulldozer médiatique, comment nous défendre?

Il est très difficile de court-circuiter les infos qui nous envahissent tous les jours. Lors d'un séminaire donné par Thierry Deronne (invité du Drapeau Rouge Septembre-octobre 2018), l'accent avait été mis sur l'importance de construire nos propres médias pour faire connaître notre vérité et ainsi contrecarrer les images des mainstreams. Les contrecarrer est, en effet, une nécessité car leurs mensonges ont pour rôle de faire valoir les "qualités" d'un pouvoir censé "nous représenter". Ces médias sont là pour cela, pour nous façonner selon les idées dominantes, nous faire voir ces idées comme naturelles et ne pouvant être remises en question. Ainsi, les idées opposées, allant à contre-courant paraissent inacceptables, voire saugrenues ou dangereuses.

Pour en revenir aux Gilets jaunes, leur lutte a commencé par étonner le système mais très vite il est apparu qu'ils étaient déterminés et donc qu'il fallait les couper du large soutien qu'ils recevaient de la population. D'où les infos diminuant le chiffre de participants, centrées sur les casseurs, les dégradations, la violence etc. développées pour "faire peur". Sur ces points, les réseaux sociaux ont joué un rôle, permettant à un grand nombre de lecteurs de voir que les participants restaient nombreux et déterminés et que plus que violents, c'était eux qui subissaient une forte violence. Mais en y réfléchissant, il est nécessaire d'aller plus loin. Ce que l'on avait appris à ce séminaire, c'était aussi que notre média pouvait nous permettre de nous mettre en contact les uns avec les autres.

Au Venezuela, certaines TV jouent ce rôle, des organisations de quartiers ou des organisations paysannes filment leurs réalisations: des reportages faits par les paysans ou la population elle-même, sans un interviewer vedette, des reportages montrés sur des chaînes locales mais aussi présentés dans d'autres quartiers, d'autres communes, discutés et auxquels il est répondu. Ainsi les expériences s'échangent, s'élargissent et leur diffusion permet d'avancer.

En repensant à cela, il m'a semblé que les contacts entre différents groupes de Gilets jaunes auraient pu se faire de cette façon. Et voilà que je trouve ce commentaire de Thierry Deronne sur facebook: "Il y a quelques jours se tenait une assemblée de GJ à Lille, une de ces assemblées de travail où les gens ont voté à propos de la présence des caméras, n'admettant ici que celle de l'équipe du "Média". Puis les discussions ont porté sur la difficulté de communiquer de rond-point à rond-point, le besoin d'avoir des médias en propre... Le port du gilet jaune, qui rend visible l'invisible social, le rond-point comme anti-plateau de télé, la communication non depuis Paris vers la France mais égalitaire et décentrée, de rond-point à rond-point, dessine en tout cas un modèle utile pour repenser un média populaire, "républicain" au sens que Babeuf donnait à l'égalité cadastrale."

La lutte contre les infos mensongères et façonnant notre pensée pour la mettre au service de la ligne dominante, est une nécessité. D'abord pour rétablir la vérité, puis pour résister à ce façonnage et rester entiers et libres. Puis pour nous rencontrer, nous connaître et nous organiser.

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