Le bloc-notes du rédac’ en chef

Heureusement l'OTAN est toujours là…

John Bolton, l'ancien conseiller à la sécurité nationale du président Trump raconte, dans un documentaire diffusé par la chaîne Arte, comment, lors d'un sommet de l'OTAN à Bruxelles en 2018, le président Trump lui téléphone en commençant par l'alerter : « prépare-toi à entendre quelque chose d'énorme », puis continue : « je crois qu'on doit se retirer de l'OTAN ce matin ». Ce récit confirme, on le savait déjà, que l'ancien président à la mèche orange avait certaines idées très peu orthodoxes par rapport aux évangiles de l'État profond américain. Ce n'est donc pas un scoop.

Notre propos ici n'est pas tant de parler de ces quelques idées mais de l'éditorial du quotidien Le Soir de ce 12 juin, publié à l'occasion de la récente visite à Bruxelles du président Joe Biden. L’édito, signé par l'éditorialiste en chef du journal, Béatrice Delvaux, rappelle justement le témoignage de Bolton que nous venons de mentionner. La journaliste ne peut cacher sa panique rétroactive à la seule idée que l'OTAN aurait pu s'effacer et disparaître. Elle évoque ainsi « la folie Trump » et comme conséquence « la sidération, la déstabilisation, la peur aussi face à ce président qui bouscule l'ordre du monde » ; « la probabilité élevée de passer près d'une catastrophe ». L'éditorialiste conclut, visiblement rassurée et heureuse : « Trump n'est plus président mais l'OTAN est toujours bien là », soulignant « la chance des Européens d'avoir retrouvé avec Joe Biden un partenaire de géopolitiques mondiales outre-Atlantique. »

La bourse ou la vie (des coursiers)

Cela fait un petit moment que la lutte est engagée entre ces jeunes, et parfois moins jeunes, travailleurs qui, faute de mieux, acceptent de gagner leur vie en transportant à vélo les plats chauds qu'attendent chez eux les clients de restaurants. Le travail est dur, accompli par tous les temps et très chichement rémunéré. Aidés par des militants syndicaux, ils se battent pour faire valoir leurs droits, pour avoir une rémunération et des conditions de travail plus décentes. Pour les obtenir, pour les assurer, il faut lutter ensemble, de manière organisée ; autrement dit, se syndiquer. Objectif pas très facile à atteindre dans un monde où, mondialisation oblige, tout est fait pour maintenir les travailleurs isolés.

C'est à quoi s'est bien attachée la Cour d'appel de Londres qui s'est prononcée en faveur du géant du marché de livraisons Deliveroo, estimant que ses travailleurs n'avaient pas le droit « de former ou d’adhérer à un syndicat puisqu'ils ont un statut de travailleurs indépendants ». Et ils n'ont donc pas le droit de bénéficier « des protections particulières attribuées » aux travailleurs syndiqués. Pas très étonnant alors que la cotation de l'action de Deliveroo à la bourse des valeurs à Londres ait immédiatement grimpé de presque 9 % au grand plaisir des actionnaires, dont un certain Jeff Bezos qui avait acheté des actions pour presque 600 millions de dollars en août 2020. Par contre, les coursiers, eux, n'ont qu'à pédaler plus pour gagner moins et nos lecteurs à lire le bouquin de notre collaborateur Martin « Le piège Deliveroo » pour mieux comprendre le problème.[1] J

L'Homme et ses droits selon l'Union européenne

Alexis Navalny, un homme d'affaires devenu ensuite agitateur politique, est à l'origine d'importantes tensions politiques, de bouleversements dans des projets industriels et le commerce international. A l'origine de ses rendez-vous avec la justice de son pays ne se trouvent ni l'État russe, ni le KGB, ni Vladimir Poutine, mais une société française bien connue qui l'accuse d'avoir détourné environ 400 euros en surfacturations pour tirer un profit personnel. Quatre ans plus tard, une autre société, cette fois une compagnie forestière russe, l'accuse d'une pratique similaire et pour des montants analogues. Qu'il soit en plus, en tirant parti de sa situation compromise, victime d'un acharnement politique et judiciaire du Kremlin, nous ne l'excluons pas. Mais son cas, à lui seul, a provoqué ou servi de prétexte pour adopter de nouvelles sanctions contre la Russie et développer une énième campagne médiatico-politique. Pour donner un exemple assez marquant, ces réactions ont déjà réussi à retarder et même bloquer la mise en œuvre du gazoduc Nordstream 2, le plus important projet de transport du gaz naturel russe destiné au marché européen.

Par contre, pas de réactions ni d’indignation lorsqu'il s'agit de Julian Assange, un citoyen ordinaire dont l'activité se limitait à faire du journalisme, du vrai. Il recherchait les causes des événements et les acteurs de l'ombre afin de comprendre et de faire comprendre. Il n'a jamais été soupçonné d'un quelconque fait de corruption ou de détournement de fonds. Sa seule faute était de faire en sorte que les gens soient au courant des faits graves que les grandes puissances et les grandes influences s'efforcent précisément de cacher. En plus d'avoir été à l'origine de la découverte de moult cas de corruption aux plus hauts niveaux, c'est grâce à lui et à la plateforme informative Wikileaks qu'il avait créée que nous avons pu apprendre des faits déterminants dans la gestion des affaires. Comme le fait que la diplomatie américaine du temps d'Hillary Clinton non seulement ne voyait pas de problème à ce qu'Al-Qaïda participe à la destruction de la Syrie mais qu'elle appréciait cette « contribution » avec une sincère satisfaction.

Aujourd'hui Assange reste enfermé dans une cellule minuscule, totalement isolé, condamné déjà, contrairement à ce que pas mal de gens pensent, non seulement à ne plus jamais sortir mais, et peut-être surtout, à ne plus jamais investiguer.


[1] Voir à ce sujet la note de présentation en page 9

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