Les excuses tardives de la Belgique

Roland Marounek, le .

Le premier ministre en campagne a présenté ce 4 avril ses excuses, au nom du gouvernement belge "aux métis issus de la colonisation belge et à leurs familles pour les injustices et les souffrances qu’ils ont subies".
Ces excuses restent bien sûr bienvenues, et permettent d’évoquer enfin l'histoire atroce et occultée du racisme et de la discrimination raciale dans notre pays. Des dizaines de milliers d'enfants métis nés dans "l'empire colonial belge" ont été arrachés à leur mère, la plupart du temps abandonnés par leur père et enfermés dans des orphelinats, au nom de la hiérarchie des races sur laquelle était fondée la colonisation belge. Entre 1959 et 1962, au moment des indépendances, l’Etat belge les ramenait en Belgique, leur retirant leurs racines 'honteuses', les plaçant le plus souvent dans des homes, des institutions religieuses, des familles d'adoption.

Ces excuses sont bienvenues, indispensables - mais elles sont extrêmement tardives. 60 ans plus tard, ça ne coûte rien, et des fois que ça pourrait rapporter des voix...

En 2000, un autre gouvernement belge présentait à Kigali les excuses de notre pays "pour les erreurs commises par la Belgique et la communauté internationale". Ces excuses officielles, face à un gouvernement qui était précisément en train de commettre des atrocités au Congo voisin (l'invasion du Rwanda aura provoqué officiellement plus de 4 millions de morts entre 1998 et 2002), avaient été salués unanimement comme super 'courageuses'. Et pourtant elles n'évoquaient nullement le racisme latent, fondamental, qui avait permis de trouver tout naturel aux yeux des autorités belges et françaises d'aller exfiltrer les Blancs, là un curé polonais, là une bonne sœur espagnole, et d'abandonner les "nègres" à un massacre certain. Et pourtant ces excuses n'évoquaient nullement le fait que les responsable belges aient logiquement à répondre de leur prétendues "erreurs", en premier lieu le ministre des affaires étrangères d'alors Willy Claes qui avait été jusqu'à plaider aux Nation-Unies le retrait des casques bleus du Rwanda - au moment même où ils commençaient à être nécessaires ! Au contraire Willy Claes avait été récompensé de ses bonnes actions en étant nommé la même année secrétaire général de l'Otan…

Des excuses pareilles sans conséquences concrètes et implication pour le présent, n’ont pas un si grand intérêt. L’essentiel est plutôt de regarder les crimes dont notre pays est en train d’être complice. En 2000, au moment même où Verhofstadt prononçait son discours face à Kagame, la Belgique participait fièrement au blocus abominable contre l’Irak. En 2011, notre pays était partie prenante à la destruction complète de la Libye, jusque là le pays le plus développé d’Afrique, le livrant aux chefs de guerre islamistes et provoquant la crise des réfugiés et les milliers de morts africains refoulés par l’Europe. Des excuses en 2070 ? Aujourd’hui même notre pays participe avec tout l’Occident aux ‘sanctions économiques’ contre les ennemis désignés par l’impérialisme. Ces embargos sont littéralement meurtriers, privant directement les populations de Syrie, du Venezuela, de ressources vitales, et des possibilités de reconstruire leur pays.

Aujourd’hui la Belgique trouve toute sorte de raisons pour empêcher le retour dans notre pays des jihadistes belges qu’elle avait pourtant été si enthousiaste à laisser partir, et des enfants belges nés en Syrie. Que vont devenir ces enfants ? Des excuses sont-elles prévues en 2080 ?

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