Cuba : Le caillou dans la chaussure yankee

Lors de sa première visite à l’île en 2013, le directeur général de la F.A.O, Graziano da Silva déclarait : « La sécurité alimentaire de Cuba est similaire à celle des pays développés, avec un indice de malnutrition affectant moins de 5 % de la population. Ce résultat a été possible grâce aux politiques mises en œuvre par le gouvernement pour y assurer les droits à l’alimentation » [1]  Depuis lors, ces constats faits par la FAO sont devenus récurrents. Deux ans plus tard, en 2015, son collègue Theodor Friedrich, confirmait cette appréciation en qualifiant l’île comme « élève modèle » en ce qui concerne le devoir de tout état d’assurer le bien-être nutritionnel des populations. Il précisait, en saluant la réduction précoce de la faim dans le pays « ... Cuba est l’un des rares États à avoir atteint aussi bien les objectifs du Millénaire pour le développement » [2] 

Aujourd’hui les médias nous décrivent une situation bien différente. Ils nous parlent de l’exode des cubains, par centaine de milliers, à destination, notamment, des Etats Unis   ainsi que d’une pénurie extrême en nourriture, médicaments, carburant, de la criminalité en hausse, de la prostitution comme recours pour survivre de   coupures d’électricité chroniques et généralisées paralysant la vie quotidienne des gens et les services essentiels.

Lors d’un récent voyage à Cuba nous nous arrêtons dans un « boui-boui » et entamons la conversation avec deux jeunes gens qui nous demandent d'où nous venons. Ils nous expliquent volontiers que leur seul et unique objectif est de quitter l’île avoir une vie : « Ici, il n’y a pas d’avenir, et pourtant j’ai toujours soutenu la révolution et j’admire Fidel et son œuvre. Mais le monde a changé depuis sa mort et Cuba est seule ; elle n’a plus les moyens de préserver sa souveraineté. »

Que s'est-il passé entre ces deux dates : Un gigantesque tsunami ? Une épidémie sans limites ? Un bombardement permanent et massif ?

L’empire de la violence brutale

Il y a eu, bien sûr, avec la chute de l’URSS, la fin de l’aide soviétique qui avait, comme but de faire face aux politiques étasuniennes anti-cubaines, aux ouragans propres aux Caraïbes, chaque fois plus dévastateurs, au Covid et à ses conséquences socio-économiques, mais tout çela, additionné, n’est rien, absolument rien, en comparaison avec la féroce agressivité des sanctions étasuniennes qui, depuis 1962 cible   l’ensemble de la vie économique du pays.

C’est ainsi que depuis lors, Cuba subit l’interdiction générale des exportations et importations avec les États-Unis, son partenaire commercial historique. Interdiction qui, au départ, (incluait) a affecté également, pendant une dizaine d’années, l’ensemble des pays d’Amérique latine sauf le Mexique réfractaire, comme toujours, aux diktats de Washington. Dans ce cadre, toute entreprise commerçant avec Cuba était pénalisée ; les navires de tout genre, accostant dans l’île étaient interdits d’accoster, par après, aux USA ; les avoirs cubains à l’étranger   étaient gelés; les réseaux bancaires du monde entier pénalisés si le dollar US était utilisé dans les transactions. Le tourisme, une des sources importantes de revenus pour l’économie cubaine, a été soumis à des restrictions particulièrement sévères. Même les envois d’argent, des cubains installés aux États-Unis, vers leurs familles cubaines, étaient lourdement empêchés.

Tout ceci accompagné de campagnes ouvertement délictueuses visant à déstabiliser le pays et son économie : Depuis la tentative d’invasion organisée par la CIA en 1961 entre autres actes terroristes jusqu’à des campagnes chimiques et biologiques pour attaquer le cheptel et les plantations cubaines (cf. ‘Opération Mangouste').

Trump, Rubio, la vindicte

A la différence du Venezuela, ou d’Iran, ce n’est pas le pétrole ni les ressources naturelles qui motivent l’interventionnisme, ouvertement criminel, des Etats-Unis. Cuba n’est pas un pays particulièrement doté de richesses, le « problème » est ailleurs. En écrasant ce petit pays, Washington cherche à écraser un exemple, une insubordination intolérable ; avertissement également adressé à tout autre pays susceptible d’insoumission envers l’Empire. D’où l’urgence d’assurer l’extinction immédiate de cette expérience socialiste. Les mesures du tandem Trump-Rubio visant à ce qu’aucune goutte de pétrole n’arrive à l’île, est l’illustration de leur lâche arrogance.

Mais il n’y a pas que cela pour expliquer ce comportement. L’administration étasunienne se trouve tout à fait enlisée dans son aventure iranienne. Aveuglé par son narcissisme maladif Donald Trump ne s’attendait pas une telle résilience, un tel esprit de résistance de la nation iranienne. Plus le temps passe, plus les iraniens font preuve de résistance, plus il y a de risque que, pour compenser son échec, le président Trump opte pour la folie de s’attaquer à Cuba, d’essayer de répéter sur Cuba l’opération contre le Venezuela ou, encore plus grave, d’y envisager une opération militaire. Lors de ses déclarations le président l’a déjà plus ou moins annoncé. Son chef de la diplomatie, Marco Rubio, rêve de s’installer au pouvoir à La Havane. Calculs sordides et tout à fait imprudents, à notre avis, car ils oublient que plus d’un demi-siècle de révolution a forgé chez le peuple de Fidel, du Che, de Camilo, une capacité d’insoumission très difficilement surmontable.

 


[1] https://www.fao.org/newsroom/detail/FAO-Director-General-praises-Cuba-s-advances-in-the-fight-against-hunger/en#:~:text=Close-,FAO%20

[2] https://fr.granma.cu/cuba/2015-10-08/la-fao-salue-la-gestion-de-cuba-en-matiere-de-securite-alimentaire

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